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Les mains de l'ostéopathe comme un héritage d'Hippocrate...
Raisonement et démarche clinique Ostéopathique
Publié par Jean-Christophe PIASENTIN · Mardi 03 Fév 2026 · Temps de lecture 6:45


Le bilan ostéopathique, composé d'une suite de tests respectant un protocole dont l'objet est d'aboutir à un diagnostic global du patient, repose sur une évaluation manuelle des différents tissus.

Les mains, une fois éduquées, sont capables d'en révéler la quintessence, mettant en lumière les résultantes mécaniques reflétant l'organisation histologique de chaque tissu, offrant "sous les doigts" des sensations physiques de résistance, de densité, de viscoélasticité, en totale adéquation avec les dires d'Hippocrate qui, dans son ouvrage sur les pronostics, parle "de tissus répondant aux doigts de façon molle ou rigide comme indiquant une dangerosité et un pronostic de mort rapide pour ces derniers".

Il est évident que ce processus de bilan ostéopathique présente des singularités le différenciant du bilan médical classique dont l'expression clinique de la "maladie" est au cœur de la démarche.

Il nous incombe de comprendre et d'accepter nos spécificités de démarches nous permettant d’avoir une représentation précise de la logique mécanique globale de chaque individu pour en extrapoler les forces et les faiblesses qui pourront, si elles restent en l'état, favoriser une décompensation fonctionnelle faisant le lit de la "maladie".

Ne pas renier nos spécificités, héritées du courageux travail de ceux qui nous ont précédés, ne doit en aucun cas constituer un aveuglement nous laissant imaginer que nous pouvons nous soustraire aux principes de la "médecine classique".

En effet, nous avons le privilège d'être des thérapeutes de première intention, ce qui implique bien évidemment d'acquérir les notions sémiologiques et la démarche clinique nécessaires pour être en mesure d'évaluer, dans chaque situation, le rapport bénéfices/risques au profit de la sécurité absolue du patient.

Garder ce cadre médical ne constitue en aucun cas une justification pour une réduction de notre art manuel au carcan de l'evidence-based medicine que certains thérapeutes prônent, piétinant au passage la philosophie ostéopathique, et qui devrait plutôt représenter pour chacun de nous un nœud d'ancrage sur la corde qui nous guide, tel un "fil d'Ariane", au sein des méandres tissulaires du patient à la recherche de ses équilibres tissulaires.

Accepter nos spécificités, c'est aussi essayer de les partager avec la communauté médicale afin de pouvoir travailler tous ensemble, en accord, au profit de la santé globale de nos patients communs.

Nous avons tous la chance de pouvoir nous reposer sur un socle commun constitué de sciences fondamentales reconnues par la communauté scientifique englobant des disciplines diverses comme l'anatomie, la physiologie, la biophysique, la biochimie, l'embryologie, la biologie moléculaire…
Représentant souvent un laborieux apprentissage au cours des premières années d'études, au cours desquelles on ne saisit pas leur utilité, si ce n'est qu'elles permettent la validation d'examens, ces différentes matières fondamentales représentent sans aucun doute le substrat permettant de comprendre et d'expliquer nos actions manuelles, que ce soit tant sur le plan technique que sur leurs intérêts dans la prise en charge globale d'un patient.

C'est cette volonté de comprendre et de partager nos spécificités techniques et philosophiques qui m'a amené à vous proposer dans le livre "Raisonnement et Démarche Clinique Ostéopathique - Plaidoyer pour une vision globale de l'ostéopathie" un certain nombre de notions comme:


  • une vision la plus exhaustive possible du continuum tissulaire en se basant sur plus de 300 références bibliographiques.

  • des notions histologiques fondamentales, qu'elles soient aussi simples que la structure et l’organisation fibrillaire ou beaucoup plus globales et complexes en s'appuyant sur la littérature scientifique, comme les magnifiques travaux sur les systèmes multimicrovacuolaires collagéniques d’absorption dynamique du professeur GUIMBERTEAU.

  • des notions d'embryologie innovantes s'appuyant sur les travaux du professeur Vincent FLEURY mettant en avant une vision dynamique de l'embryologie grâce aux lois de la physique fondamentale qui apportent une explication cohérente à des paramètres mécaniques comme la densité, la rigidité tissulaire et la compliance que nos tests manuels sont en mesure de mettre en lumière.

  • des notions de neurophysiologie de la mémoire pour comprendre comment (au sens neurologique) nous sommes en mesure d'obtenir ces différentes informations tissulaires, comment nous les engrammons dans notre mémoire, comment nous sommes capables de nous y référer du point de vue mnésique pour comparer la réponse d'un test tissulaire à notre bibliothèque de référentiels de normalité, et enfin comment traduire une sensation manuelle avec un phrasé permettant le partage et la transmission d'informations.

  • des notions entremêlées de biologie moléculaire et de biophysique comme par exemple la mécanotransduction que nous avons envisagée tant au niveau tissulaire que cellulaire et qui nous offre de solides arguments pour justifier nos techniques manuelles tant dans leur diversité que dans leur exhaustivité.

  • une approche palpatoire constituée par un ensemble logique de tests globaux à réponse binaire. Cette approche palpatoire permet une cartographie des zones corporelles qui vont répondre différemment selon un certain nombre de paramètres physiques comme leurs rigidités, leurs mobilités ou aussi leurs compliances. L’ostéopathe va être en mesure de distinguer différents paramètres tissulaires comme le dur et le mou, mais aussi le mouvement, en appréciant ces différents paramètres selon l’individu et selon la qualité des tissus avoisinant la zone articulaire. Il sera aussi en mesure d’apprécier l'état d'équilibre tissulaire au bout d'un chemin d'attraction tissulaire au cours duquel "des mains éduquées" seront à même de percevoir la complexe organisation de la trame conjonctive en réponse à des forces mécaniques (interne et/ou externe).

  • de nombreuses notions neurologiques qui nous permettront de mettre en lumière les différents chemins de l'information dans le corps et d'apporter un éclairage sur les phénomènes de compensation secondaire au sein du continuum tissulaire suite à un épicentre lésionnel.

La vision exhaustive du continuum tissulaire, qui est au cœur de ce projet d'écriture, prendra tout son sens avec cette vision holistique du système neurologique. La combinaison de ces deux éléments "clefs" nous permettra de comprendre, avec encore plus de finesse, que le corps humain est une entité où finalement le haut, le bas, la droite et la gauche n'ont que peu de sens et que, grâce notamment aux propriétés histologiques de ces deux systèmes, la symptomatologie s'exprimera souvent bien loin de l'épicentre lésionnel qui l'a engendrée.

Chaque patient garde une « trace » dans son tissu conjonctif de toutes les contraintes subies. Certaines vont être facilement assimilées et compensées et resteront silencieuses, alors que d'autres viendront, parfois même d'apparence mineure, et s’accumuleront pour créer des phénomènes de décompensation s'exprimant bruyamment par une symptomatologie.

Si ce livre débute par vous proposer une série de tests manuels, c'est pour répondre à la volonté de mettre en avant une de nos spécificités reposant sur nos qualités manuelles. La qualité des réponses tissulaires aux tests que nous proposons en ostéopathie est totalement dépendante de la qualité gestuelle, de sa vitesse d’exécution, de la force appliquée et de l'intention. S'il n'y a absolument rien de magique dans cette approche manuelle, l'ostéopathie est toutefois un véritable art et son apprentissage basé sur une gestuelle particulière pour acquérir une finesse palpatoire prend beaucoup de temps.

Il faudra avoir de cesse d'éduquer nos mains pour pouvoir sentir la réponse dans les tissus, il est nécessaire de créer un cadre qui va s’affiner dans le temps et au fur et à mesure de la pratique.

Ce cadre repose tant sur un "savoir-faire" que sur "un savoir" : la connaissance est obligatoire et se doit d'être au profit de nos mains…





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